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Alibaba à Liège, une bonne nouvelle ? Vraiment ?

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[Compte-rendu] Retour sur l’événement « WeCargo : Innovation Lab & Summit » qui s’est déroulé le 14 novembre

vendredi 22 novembre 2019

Fiche de l’événement :

Date et lieu : le 14/11/2019, sur le site de l’aéroport de Liège.
Organisé par : Liege Airport et Leansquare.
Objectif : promouvoir et favoriser la numérisation du secteur du fret aérien et de la logistique.
Principaux sponsors : Qatar Airways Cargo, Alibaba Cloud, Cainiao (Alibaba), Orange.
Programme des conférences :
09h35 : Luc Partoune (CEO – Liege Airport) : Opening session
09h45 : Guillaume Halleux (Chief Officer Cargo – Qatar Airways) : « How Qatar will shape the future »
10h05 : « Warehouse of the future : Panel »
10h45 : Manel Galindo (CEO – WebCargo by Freightos) : « Digitise air cargo sales »
11h15 : « The future of the industry : Pitch Competition »
11h40 : « How drones are improving our business ? : Panel »
12h10 : Carlos Meindl (Senior Systems Architect – Zector Pro) : « How distribution of fast fashion just in time can be tracked and tracing should be done ? »
12h30 : Lunch break
14h00 : Jintong Zhu (Director of Data Intelligence Product – Alibaba Cloud) : « Digital Trends in Aviation and Its Future Transformation »
14h30 : « The future of the industry : Pitch competition »
14h45 : Moritz Claussen (Founder – Cargo.one) : « New way to book cargo »
15h15 : Nallian : « Open data is key to success : Panel »
15h45 : Break
16h15 : Eric Xu (VP Smart Logistics Infrastructure Business – Cainiao) : « Virtual Warehousing »
16h35 : « IoT – application to cargo airport ? : Panel »

Enseignements :

1) Confirmation qu’Alibaba n’est pas un client/partenaire comme les autres

Le groupe se profile comme un voire LE partenaire structurant des activités de l’aéroport et des industries connexes dans les années à venir. L’énorme bandeau déployé sur la façade de l’aéroport [photo 1] en était déjà un signe, confirmé par l’engouement suscité par les trois interventions réalisées par des officiels d’Alibaba (interventions par ailleurs assez pauvres en matière de contenu). Chaque fois, la salle se remplissait complètement avant de se vider de moitié une fois les présentations terminées... Et de leur côté, les représentants d’Alibaba n’ont pas fait mystère de leurs ambitions pour Liège du point de vue des activités du groupe dans son ensemble.

Photo 1 : « Ensemble, nous pouvons créer un nouveau record de logistique mondiale ». Le record dont il est question est celui atteint lors du « Single day » (11.11), durant lequel des biens ont été échangés pour un total d’environ 38 milliards de dollars en 24h, correspondant à plus de 500 000 commandes par seconde…

2) Confirmation également que faire affaire avec Cainiao, c’est faire affaire avec le groupe Alibaba dans son ensemble

C’est-à-dire un groupe conçu et présenté comme un éco-système intégré de services et de plateformes dont Alibaba Cloud constitue l’architecture technique fondamentale [photos 2 et 3].

Photo 2 : Organigramme du groupe Alibaba
Photo 3 : Idem, avec à gauche « Global Fullfilment Center Network », au centre « Global Supply Chain Network » et à droite « Global Parcel Network »

Les solutions en « Smart City » ont ainsi été présentées [photo 4], tout comme les exemples d’aéroports chinois opérés grâce aux Cloud et AI d’Alibaba [photo 5].

Photo 4 : Présentation des solutions « Smart City » d’Alibaba
Photo 5 : Exemple de gestion « intelligente » de l’aéroport de Hangzhou

Or, dans le cadre de l’événement, on a appris que Liege Airport avait signé un partenariat avec Alibaba Cloud pour développer des solutions numériques dans la gestion opérationnelle de l’aéroport. Dans quelle mesure les accords conclus au fédéral et à Liège vont-ils favoriser (voire incluent déjà ?) des partenariats de ce type avec les autres services/plateformes d’Alibaba ? Avec quelles conséquences économiques et politiques ?

À ce sujet, il était intéressant d’entendre un représentant du groupe expliquer qu’Alibaba Cloud pourrait aider à mettre en place une infrastructure de partage de données entre opérateurs de l’aéroport, sur le modèle de ce que Brussels Airport a déjà développé (BRUCloud). C’est d’autant plus intéressant qu’un autre intervenant soulignait quant à lui les limites du « partage de données » entre opérateurs économiques concurrents, affirmant que l’ambition première des « gros joueurs » était de dominer, voire de contrôler directement l’ensemble de la chaîne de valeur des données. Dans cette optique, le fait qu’Alibaba ambitionne de se placer comme intermédiaire et/ou infrastructure clé de l’échange de données à l’aéroport (et au-delà) n’est donc évidemment pas anodin, même si, là encore, on ne sait pas ce qui est concrètement envisagé, déjà engagé, etc.

3) Le travail, le grand absent

Il était assez ahurissant de voir à quel point le travail est resté le grand absent de toutes les présentations/panels organisés durant la journée. Pas un mot sur les emplois promis/envisagés, pas un mot sur les conditions de travail et sur la façon dont les technologies mises en avant les affectent, etc. Chacun présentait sa solution high-tech destinée à fluidifier, optimiser, faciliter, solutionner les problèmes rencontrés par le secteur du fret aérien, et plus largement de la logistique, mais sans jamais inclure la question des travailleurs dans l’équation (ou alors à la marge, comme source de friction potentielle (ex : le développeur de lunettes intelligentes qui explique que les travailleurs peu habitués à porter des lunettes se plaignent au début) ou comme facteur d’optimisation (ex : la start-up qui propose des solutions d’optimisation basées sur l’AI (collecte et traitement de données sur les travailleurs) et sur l’économie comportementale (solutions proposées à base d’incitation (récompenses/punition), etc.)). Tout ça donne le sentiment que le discours officiel de justification par l’emploi est bien un discours de façade, de com’, mais que les préoccupations réelles ne sont absolument pas là.

4) L’écologie pose un problème… d’image

À l’inverse, la question climatique est revenue quelques fois. D’abord, dans un panel sur le futur de la logistique, où la dernière question posée visait à faire face à « l’éléphant dans la pièce, le changement climatique », mais pas tellement en tant que problème en soi, plutôt comme source de problèmes pour l’industrie. Après avoir remarqué que l’industrie du fret aérien avait mauvaise presse dans un contexte marqué par des réactions très « émotionnelles » (sic !) sur la question écologique, la question posée était : « Qui va s’occuper de changer la perception du public par rapport à notre secteur ? »… Ce à quoi les réponses furent : a) il ne faut pas se défiler par rapport à ce débat qui est légitime et de toute façon incontournable, b) il faut mettre en avant tout ce qui est déjà fait pour améliorer l’empreinte écologique de l’industrie, c) les pouvoirs publics doivent utiliser l’instrument fiscal pour orienter ce qui relève exclusivement de comportements économiques.

L’autre moment où la question fut abordée, c’est durant la présentation d’un représentant de Cainiao qui a présenté la « Cainiao Green Alliance » comme initiative visant à améliorer l’empreinte écologique du secteur, par exemple en s’associant avec les plus gros vendeurs de la plateforme pour qu’ils encouragent leurs clients à recycler les cartons d’emballages… Derrière le ridicule de l’exemple (qui vient après que le même intervenant s’est une fois de plus vanté qu’Alibaba a explosé son record de vente durant le « single day »), on voit toutefois que a) ils sont tout à fait conscients d’être dans le collimateur des personnes qui se soucient d’écologie, mais que b) leurs « solutions » sont forcément dérisoires et donc faciles à démonter.

5) L’avenir (numérique) de l’industrie ?

Enfin, toujours sur la question de « l’avenir du secteur », il était intéressant d’entendre qu’il existe un constat généralisé quant au retard de celui-ci en matière de numérisation, notamment en raison de la fragmentation extrême des opérateurs impliqués et des difficultés d’harmonisation au niveau international (ce n’est pas la peine d’avoir des infrastructures de « logistique intelligente » en Chine si elles n’existent pas ou ne fonctionnent pas de la même manière dans les marchés de destination). Or, de ce point de vue, les solutions avancées étaient d’une part de plaider pour davantage d’harmonisation au niveau international, d’autre part de déployer des stratégies de « end-to-end connectivity » au sein d’un même groupe, ce qui renvoie aux inquiétudes soulevées par la concentration inhérente aux entreprises, notamment celles du secteur du numérique (phénomène de consolidation stratégique). Par ailleurs, on notera également qu’un représentant de Qatar Airways Cargo soulignait que les leviers de différenciation pour les entreprises de fret aérien étaient très limités : il n’existe jamais que deux fabricants d’avion au monde, Boeing et Airbus ; tous les acteurs transportent en gros les mêmes choses ; les questions de délais ne sont pas si importantes (dans une certaine fourchette), etc. Ce qui fait donc la différence, selon lui, c’est le « facteur humain » (qu’il n’a pas précisé) et le fait de placer le client au centre de sa stratégie, en étant flexible, réactif, etc. Il a poursuivi en expliquant que son entreprise allait renouveler un important partenariat avec Liege Airport, certes entre autres grâce aux vols de nuit, mais surtout en raison de ce « facteur humain » dont on peut seulement essayer de deviner ce qu’il recouvre exactement…

Du côté de Cainiao/Alibaba, le discours continue d’être de chercher à soutenir le développement des PME à travers l’e-commerce, en expliquant par exemple que quand ils affirment vouloir être en mesure de livrer partout dans le monde en moins de 72h, ce n’est pas tant le délai qui compte que le fait de le rendre abordable financièrement pour un maximum d’acteurs (mais dès lors à quel coût pour les travailleurs de la logistique ?).

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